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Carte blanche à Elise Capogna (étudiante et monitrice à la bibliothèque durant les nocturnes)

Mardi, Décembre 6, 2016 - 11:18

Jean-Yves Mollier, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Versailles Saint-Quentin, spécialiste de l’histoire du livre et de l’édition, propose un ouvrage dense, 320 pages et 12 chapitres. Riche en anecdotes, cet ouvrage singulier offre une perspective nouvelle et non moins érudite sur une industrie culturelle omniprésente,  pourtant mal connue du grand public. Il s'agit bel et bien d'une "autre" histoire, pas une alternative au grand oeuvre en quatre volumes coordonné par Roger Chartier et Henri-Jean Martin entre 1983 et 1986.

Ce texte entraînant a les qualités des récits bien ficelés : les initiatives d'imprimeurs inventifs et les batailles d'éditeurs forment autant d'intrigues secondaires au service de cette grande, complexe histoire de l'édition. Elles sont le fil rouge du lecteur, d'abord intimidé par ce continent méconnu; elles donnent du coeur et de l'âme aux grands noms inscrits à jamais au panthéon des éditeurs.

Aux côtés des Lévy, Hachette, Flammarion, Larousse, nous découvrons la profession d'éditeur. Comme souvent, par l'étude de l'histoire sont dévoilées ses constantes: une formidable capacité d'innovation, les arrangements avec le pouvoir politique, les résistances et les compromissions. Il faut saluer la justesse du portrait en clair-obscur offert par Jean-Yves Mollier. Rigoureux, son registre n'est ni l'éloge, ni le blâme.

Finalement, nous retenons de cette lecture ces échos, les concordances qui, à travers le temps, ont consolidé l'identité de cette profession : les innovations d'un Panckoucke au XVIIIe siècle amènent celles d'un Charpentier tandis que Louis Hachette, stratège et proche des pouvoirs en place est le rival tout désigné d'un Larousse, instituteur républicain. La montée en puissance de l'éditeur, bientôt dominant dans la relation qui le lie aux écrivains, raconte celle du capitalisme industriel et des mutations profondes qu'il impulse au sein de la société jusque dans les rapports entre individus.

Surtout, ce récit captivant éclaire les tourments actuels de l'édition. Il rappelle à la fois son importance et son ambivalence. Parce qu'elle ne commercialise pas une simple marchandise, mais un "ferment" - le livre, l'édition doit composer avec son propre pouvoir : celui de légitimer, organiser, former les écrits et par-là, de façonner les esprits.
 
MOLLIER, JEAN-YVES, Une Autre Histoire de l’Édition, 2015, La Fabrique, 320p.