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Carte blanche à Solenne Chassagne

Mercredi, Juillet 12, 2017 - 11:59

Carte blanche à Solenne Chassagne

Petit Pays, Gaël Faye (Grasset)

Lauréat du prix Goncourt des lycéens, Gaël Faye conte, dans ce premier roman, une enfance qui bascule : celle de Gabriel, dix ans, dont la mère est rwandaise, Tutsi préciserons-nous, et le père français. Elevé dans une impasse protégée de Bujumbura (Burundi) où vivent quelques notables, pour la plupart métis comme lui, le jeune Gabriel chaparde des mangues et pêche avec les copains de son âge. Le son des colères politiques, bien loin quand l’histoire débute, s’infiltrera petit à petit dans son monde clos et protégé pour éclater violemment, détruisant tout ce qu’il connaissait. Ses amis, sa famille, personne n’échappe à la haine et à la violence : où certains perdent leur vie, d’autres deviennent fous. Et c’est par la lecture que Gabriel s’échappe et survit.

La grande qualité de ce premier roman est de nous conduire avec Gabriel à travers ce monde qui prend sens (ou non-sens peut-être) pour un enfant. Qu’est-ce qu’être Hutu ? Qu’est-ce qu’être Tutsi ? Incapable de répondre, son père résumera le conflit à quelques caractéristiques physiques : nez plus ou moins épatés et silhouettes plus ou moins longues. Rien qui explique pourquoi les membres de la communauté dont sa mère est issue sont appelés Inyenzi, les « cafards », juste bon à être écrasés sous le talon de la haine hutu.

Comme l’a si bien expliqué une jeune membre du Jury Goncourt, ce roman vous fait vivre des montagnes russes émotionnelles, du rire de ces aventures d’enfants à la colère contre ceux qui leur voleront leur innocence.
Depuis quinze ans, les écrivains, rwandais ou non, ont pris la plume pour raconter l’histoire tragique de ce pays déchiré. Après Boubacar Boris Diop ou Scholastique Mukasonga, dignes héritiers littéraires des récits tragiques de Jorge Semprun ou Elie Wiesel, Gaël Faye s’en empare à son tour avec talent.